Perchée comme une sentinelle imprenable sur un éperon rocheux de 155 mètres de haut au-dessus de la vallée de la Salzach, Burg Hohenwerfen est la forteresse alpine par excellence. Les pics enneigés des Alpes de Berchtesgaden et du massif du Tennengebirge l'encadrent comme un décor de théâtre grandeur nature, et la rivière Salzach miroite loin en contrebas entre les prairies verdoyantes. Contrairement à la forteresse de Hohensalzburg à Salzbourg — sa « sœur » architecturale, qui s'est progressivement transformée en résidence princière somptueuse — Hohenwerfen est restée un véritable bastion militaire pendant près de neuf siècles. Ses murs de pierre ont été témoins de guerres religieuses, de soulèvements paysans dévastateurs et de l'emprisonnement de prélats ambitieux. C'est une forteresse qui a vécu, souffert et survécu.
Quand les Aigles Attaquent : la gloire cinématographique
Pour des générations de cinéphiles, Burg Hohenwerfen est indissociable du film de guerre classique Quand les aigles attaquent (Where Eagles Dare, 1968), avec Clint Eastwood et Richard Burton. Dans le film, la forteresse incarne le redoutable « Schloss Adler » (Château de l'Aigle), une forteresse nazie imprenable nichée dans les Alpes autrichiennes, que des commandos alliés doivent infiltrer lors d'une mission suicide. Bien que certaines scènes de téléphérique aient été tournées à Aigen im Ennstal, c'est bien la silhouette menaçante d'Hohenwerfen qui domine les séquences extérieures et confère au film son atmosphère unique de hauteur et d'inaccessibilité. Depuis la sortie du film, Hohenwerfen est devenu un lieu de pèlerinage pour les amateurs du film, qui viennent y chercher les angles de caméra iconiques.
Histoire : neuf siècles au service des archevêques
Les origines (1077)
L'histoire de Hohenwerfen débute en 1077, au cœur de la Querelle des Investitures, la grande crise de pouvoir entre le pape Grégoire VII et l'empereur Henri IV qui ébranla les fondements de l'Europe médiévale. L'archevêque Gebhard de Salzbourg, partisan ardent du pape, se trouva menacé par les forces impériales. Pour sécuriser son territoire dans l'urgence, il ordonna la construction simultanée de trois forteresses stratégiques : Hohensalzburg (dominant Salzbourg), Friesach (en Carinthie) et Hohenwerfen (contrôlant la vallée de la Salzach et la route commerciale vitale vers l'Italie). Hohenwerfen occupait une position clé : quiconque contrôlait ce défilé contrôlait les échanges entre le nord et le sud des Alpes.
La Guerre des Paysans (1525) : l'heure la plus sombre
Le moment le plus dramatique de l'histoire de la forteresse survint en 1525, lors de la Guerre des Paysans allemands, le plus grand soulèvement populaire de l'Europe médiévale avant la Révolution française. Les mineurs des mines de sel et les paysans locaux, exaspérés par les exactions seigneuriales et galvanisés par les idées réformatrices de Luther, se révoltèrent massivement. Ils prirent d'assaut la forteresse de Hohenwerfen, la pillèrent et y mirent le feu. L'incendie détruisit une grande partie des bâtiments intérieurs. La répression fut brutale et sanglante. Ironiquement, après l'écrasement de la révolte, les paysans survivants furent condamnés à reconstruire eux-mêmes, de leurs mains, la forteresse qu'ils venaient de détruire — un travail de forçat qui s'étendit sur plusieurs décennies et que les chroniques locales qualifient de « deuxième punition ».
Le prisonnier le plus célèbre
Hohenwerfen avait une double fonction officielle : retraite de chasse estivale pour les archevêques de Salzbourg, et prison d'État redoutée pour leurs ennemis. Son prisonnier le plus illustre fut l'archevêque Wolf Dietrich von Raitenau, l'une des personnalités les plus fascinantes de la Salzbourg baroque. Grand bâtisseur (on lui doit le réaménagement du centre de Salzbourg), amant de Salome Alt avec qui il eut quinze enfants, il finit par entrer en conflit violent avec son propre neveu et successeur, Marcus Sitticus. Emprisonné à Hohenwerfen en 1612 après une défaite militaire humiliante, il y mourut cinq ans plus tard, en 1617, sans avoir jamais recouvré la liberté. Sa cellule et les conditions de sa captivité font partie des récits les plus poignants de la visite.
Architecture : une forteresse à deux visages
La forteresse que l'on voit aujourd'hui est le résultat de neuf siècles de transformations continues. Le noyau roman original du XIe siècle fut progressivement agrandi, renforcé et embelli par les archevêques successifs. Au XVe et XVIe siècles, des tours d'artillerie rondes vinrent remplacer les anciens bâtiments défensifs, adaptant la forteresse à l'ère des canons. L'enceinte extérieure fut renforcée avec des bastions et des chemins de ronde plus larges pour permettre la circulation des pièces d'artillerie lourde.
À l'intérieur, la forteresse révèle son côté sombre avec une franchise désarmante. La visite guidée parcourt la « Cuisine à Poix », où l'on faisait bouillir de l'huile et du goudron à verser sur les assaillants tentant d'escalader les murs. Plus troublante encore, la chambre de torture conserve plusieurs instruments d'interrogatoire médiévaux authentiques. Le clou de la visite macabre est sans doute l'oubliette : un puits vertical de 4 mètres de profondeur creusé dans la roche, dans lequel les prisonniers étaient simplement jetés et condamnés à vivre dans l'obscurité totale, sans lumière, sans contact humain, dans un espace trop exigu pour s'allonger. La légende locale dit que des prisonniers y ont survécu plusieurs années.
Le Centre de Fauconnerie : un art médiéval vivant
La grande attraction contemporaine de Hohenwerfen est son Centre Historique de Fauconnerie de Salzbourg, l'un des plus réputés d'Europe. La fauconnerie — l'art d'entraîner des rapaces pour la chasse — était au Moyen Âge le sport royal par excellence, réservé à la noblesse et au clergé supérieur. Les archevêques de Salzbourg en étaient de grands amateurs, et Hohenwerfen fut longtemps un centre d'élevage et d'entraînement des rapaces utilisés dans leurs chasses.
Aujourd'hui, les démonstrations quotidiennes permettent de voir en action des aigles royaux aux envergures impressionnantes, des faucons pèlerins capables de plonger à plus de 300 km/h, et des vautours fauves aux ailes déployées de plus de 2 mètres. Voir ces rapaces planer en cercles sur les courants thermiques qui montent des Alpes, avant de fondre à toute vitesse vers le gant du fauconnier positionné sur les remparts du château, est un spectacle à couper le souffle. La combinaison du décor alpin grandiose et des rapaces en vol libre crée des images inoubliables. Le centre propose également des séances de sensibilisation sur la biologie des rapaces et les enjeux de leur conservation.
Randonnées et panoramas alpins
La forteresse est aussi le point de départ idéal pour plusieurs randonnées dans les environs. Le Dachstein, à quelques kilomètres, offre des randonnées et escalades pour tous niveaux. La Grotte de Glace de Werfen (Eisriesenwelt), l'un des plus grands systèmes de grottes de glace du monde, se trouve à quelques minutes de route et constitue une combinaison naturelle avec la visite du château pour une journée complète dans la région.
Informations pratiques pour le visiteur
- Saison : Le château est ouvert d'avril à novembre. En dehors de cette période, il est fermé au public.
- Accès : Depuis le parking au pied de la colline, vous pouvez monter à pied (environ 20 minutes de marche dans la forêt sur un chemin pentu mais bien aménagé) ou prendre le funiculaire moderne inclus dans le prix du billet. Le funiculaire fonctionne toutes les 15 minutes environ.
- Visites guidées : La visite des intérieurs est obligatoirement guidée. Les guides sont enthousiastes et maîtrisent parfaitement les anecdotes les plus sombres de l'histoire du château. Des visites en plusieurs langues sont disponibles.
- Fauconnerie : Les démonstrations de fauconnerie sont incluses dans le billet d'entrée et ont lieu plusieurs fois par jour. Consultez l'horaire à l'entrée pour ne pas les manquer.
- Situation : À environ 45 km au sud de Salzbourg, sur la route menant vers Innsbruck. Facilement combinable avec une visite à Salzbourg.