Le Versailles du Nord
Se reflétant élégamment dans les eaux calmes du lac Slotssøen, le Château de Frederiksborg est une vision d'une ambition architecturale époustouflante. Situé à Hillerød, à 35 kilomètres au nord de Copenhague, c'est le plus grand château Renaissance de Scandinavie — et l'un des plus beaux d'Europe du Nord. Avec ses flèches couvertes de cuivre vert-de-gris qui brillent dans la lumière nordique, ses murs de brique rouge et de grès doré, et ses tours asymétriques qui se succèdent en rythme, il surgit de ses trois îles comme un palais de conte de fées sorti du XVIIe siècle.
Mais Frederiksborg n'est pas seulement une résidence royale parmi d'autres : depuis 1878, il abrite le Musée National d'Histoire du Danemark, faisant de lui le gardien de la mémoire collective d'une nation. Une visite ici est un voyage à travers cinq siècles de rois, de guerres, de portraits, d'art et de culture danoise — un Louvre nordique dans un écrin Renaissance.
Christian IV : Le Roi Bâtisseur
Si une forteresse existait sur ce site depuis le règne de Frédéric II (qui lui donna son nom), le chef-d'œuvre actuel est entièrement l'œuvre de son fils, le roi Christian IV (1577-1648) — l'une des figures les plus fascinantes de l'histoire scandinave. Surnommé le « Roi Bâtisseur », Christian IV était un monarque aux ambitions démesurées, aussi bien militaires qu'artistiques et architecturales.
Entre 1600 et 1620, il démolit l'essentiel du château de son père pour bâtir de ses propres plans ce palais flamboyant, conçu pour rivaliser avec n'importe quelle cour d'Europe — Versailles n'existait pas encore, Fontainebleau était sa référence. Christian IV supervisait personnellement les chantiers, proposait des modifications, dessinait des détails. L'architecture du château reflète sa personnalité : exubérante, complexe, confiante jusqu'à l'arrogance, et magnifiquement cohérente.
Christian IV fut aussi un grand mécène musical. Il invita à sa cour les meilleurs musiciens européens, dont l'Anglais John Dowland, et finança des compositions qui firent de la cour danoise un centre musical de premier rang. Frederiksborg fut le théâtre de ces fastes culturels.
L'Incendie de 1859 et le Brasseur de Carlsberg
Après deux siècles de splendeur, le château subit une catastrophe qui aurait pu être irrémédiable. Dans la nuit du 16 décembre 1859, un incendie se déclara dans les combles après qu'on eut allumé un feu dans une cheminée jugée défectueuse. Les flammes se propagèrent avec une rapidité foudroyante à travers les toitures en bois. En quelques heures, le bâtiment principal était détruit — toits effondrés, intérieurs calcinés, tours éventrées. Il ne resta debout que la Chapelle du Château et la Tour du Bain, les seules parties à avoir résisté au feu.
Le château aurait pu rester une ruine spectaculaire sans l'intervention d'un homme inattendu : J.C. Jacobsen, fondateur de la brasserie Carlsberg. Patriote fervent et mécène éclairé, Jacobsen estima que Frederiksborg était indissociable de l'identité nationale danoise. Il proposa au roi de financer intégralement la reconstruction, à une condition : que le château restauré ne devienne pas une résidence royale mais un musée national d'histoire ouvert à tous les Danois. Le roi accepta. Jacobsen tint sa promesse ; les travaux durèrent de 1860 à 1876. Le musée ouvrit ses portes en 1878.
La Chapelle : Un Sanctuaire Indestructible
La Chapelle du Château (Slotskirken) est le joyau de Frederiksborg — et son miracle. Épargnée par l'incendie de 1859, elle conserve son décor d'origine du XVIIe siècle dans une intégrité exceptionnelle. Ses stucs dorés, ses peintures murales, ses galeries en bois sculpté et ses vitraux flamboyants créent une atmosphère d'une richesse baroque éblouissante.
C'est le sanctuaire des Ordres de Chevalerie danois : l'Ordre de l'Éléphant (fondé en 1462, le plus ancien et le plus prestigieux) et l'Ordre du Dannebrog. Les murs de la chapelle sont tapissés des blasons de tous les chevaliers investis depuis des siècles — une forêt héraldique qui constitue un véritable Who's Who de l'histoire mondiale. On y trouve pêle-mêle Nelson Mandela, Winston Churchill et Charles de Gaulle parmi les chevaliers étrangers.
L'orgue de la chapelle est un trésor unique : l'orgue Compenius, construit en 1610 par Esaias Compenius, est l'un des rares orgues Renaissance entièrement en bois au monde — pas de tuyaux métalliques. Sa sonorité douce et sombre, décrite par certains comme la plus belle de tous les orgues anciens, est incomparable. Il continue de fonctionner et de résonner lors de concerts exceptionnels.
La Grande Salle et la Salle d'Audience
La Grande Salle (Riddersalen — Salle des Chevaliers), reconstruite après l'incendie avec une fidélité remarquable aux modèles du XVIIe siècle, est la plus vaste pièce du château. Son plafond en bois sculpté, ses tapisseries flamandes et ses portraits royaux en font la salle de représentation la plus impressionnante de Scandinavie. C'est ici que se tenaient les grandes cérémonies royales, les réceptions diplomatiques et les festins d'État.
La Salle d'Audience est une curiosité technique qui révèle le raffinement des cours royales du XVIIe siècle : elle était équipée d'un ascenseur à table — un mécanisme permettant de faire monter les plats depuis la cuisine en contrebas directement sur la table royale, sans que le roi ait à voir ou à interagir avec les serviteurs. La table elle-même pouvait s'abaisser et remonter, permettant de changer les plats de façon invisible. Ce luxe du regard — ne jamais voir les coulisses du service — était l'expression suprême du protocole royal baroque.
Le Musée National d'Histoire : 500 Ans en 90 Salles
Avec ses 90 salles disposées chronologiquement à travers les trois ailes du château, le Musée National d'Histoire du Danemark est la collection la plus complète de l'histoire danoise accessible au public. Des portraits de rois du XVIe siècle aux photographies de la résistance danoise lors de l'occupation nazie (1940-1945), chaque salle déroule un chapitre de cinq siècles de vie nationale.
Les portraits sont particulièrement remarquables : Frederiksborg abrite la plus grande collection de peintures de portraits historiques du Danemark, incluant des œuvres de maîtres flamands et hollandais du XVIIe siècle commandées par la cour. Ces visages — rois, reines, généraux, amiraux, philosophes et bourgeois enrichis — forment un panorama humain de l'histoire danoise d'une richesse incomparable.
Les Jardins : Baroque et Romantique
Le domaine du château est encadré par deux jardins aux esthétiques radicalement opposées qui s'épousent en une complémentarité parfaite :
Le Jardin Baroque, au nord, a été recréé dans les années 1990 selon les plans du XVIIe siècle. Ses parterres de buis taillés en motifs géométriques, ses fontaines, ses cascades et ses terrasses structurées célèbrent la maîtrise humaine sur la nature — la philosophie du jardin royal baroque à son expression la plus pure.
Le Jardin Anglais Romantique, à l'est, contraste par sa sinuosité calculée, ses pelouses ondulantes, ses arbres centenaires plantés « naturellement » et son petit château de Badstueslot — un pavillon de chasse néo-gothique niché dans la verdure, utilisé jadis pour les déjeuners champêtres de la famille royale.
Informations Pratiques pour le Visiteur
Frederiksborg est facilement accessible depuis Copenhague par le S-tog (RER) ligne E jusqu'à Hillerød, puis 15 minutes à pied. Pour une arrivée véritablement royale, prenez le petit ferry qui traverse le lac depuis la ville jusqu'à l'entrée du château — une approche spectaculaire avec la façade du château qui se révèle progressivement depuis l'eau. Prévoyez au minimum trois heures pour une visite complète du musée et de la chapelle, davantage si vous explorez les jardins.